Un papillon qui vole comme un hélicoptère miniature, arrimé à chaque fleur par la seule force de ses ailes : voilà le spectacle singulier offert par le Moro-sphinx. Son atterrissage ? Inexistant. Il plane, il butine, il disparaît, tout ça, sans jamais se poser. Avec sa trompe interminable, ce virtuose du vol stationnaire aspire le nectar là où bien d’autres abandonnent la partie.
On l’appelle Macroglossum stellatarum, mais son surnom résonne plus fort : Sphinx colibri. Certains le nomment aussi le Sphinx du Sphinx, comme pour insister sur sa singularité.
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Dans la grande famille des Sphingidae, il occupe une place à part. Le terme anglais « colibri Hawkmoth » traduit bien cette allure insolite : un papillon de nuit qui se prend pour un oiseau du jour.
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Voyons de plus près ce qui le distingue :
- Envergure : de 4 à 5 centimètres, rien d’extravagant, mais une silhouette compacte, trapue, recouverte d’un fin duvet, ponctuée de taches blanches sur les flancs.
- Ailes : les antérieures arborent des tons bruns grisâtres striés de lignes sombres ; les postérieures, plus vives, mêlent rouge et gris, s’assombrissant à la bordure.
- Antennes : bien visibles, terminées en massue.
Son abdomen zébré de noir et de blanc, ses ailes au reflet rougeâtre : impossible de le confondre une fois qu’on l’a repéré. Mais il faut être rapide, car le Moro-sphinx ne tient pas en place ! Toujours en vol, il va de fleur en fleur, guidé par une trompe interminable, capable de puiser le nectar au plus profond des corolles. Son vol stationnaire, digne d’un colibri, fascine : les battements d’ailes sont si rapides qu’ils deviennent presque invisibles. Et même si la plupart de ses cousins préfèrent la nuit, lui, s’active au soleil, défiant les habitudes de sa lignée.

Le Moro-sphinx se laisse rarement approcher. Entre deux butinages, il file, presque insaisissable, laissant derrière lui un éclat d’ailes et un sillage d’étonnement.

Parmi les Sphingidae, un autre lui ressemble : le Sphinx gazé, que l’on remarque volontiers près du chèvrefeuille. Mais le Moro-sphinx, lui, reste le plus célèbre des visiteurs ailés de nos jardins.

Pour le reconnaître sans faillir, quelques indices suffisent :
- Son vol stationnaire persistant.
- Sa trompe longue et fine, toujours en action.
- Ses couleurs contrastées et son allure trapue.

Où chercher le Moro-sphinx ? Sa présence s’étend partout en Europe et en Afrique du Nord. Il affectionne les espaces secs, lumineux, les jardins fleuris ou les terres rocailleuses baignées de soleil.
Deux générations se succèdent chaque année : les premiers individus surgissent dès avril ou mai, les seconds prolongent la saison jusqu’en septembre, parfois octobre. Impossible de manquer ce ballet si l’on prend le temps d’observer lavandes, buddleias et autres corolles parfumées.

La biologie du Macroglossum stellatarum réserve elle aussi quelques surprises. La chenille, d’un vert éclatant parfois tirant sur le brun, se distingue par une ligne blanche sur chaque flanc et une excroissance typique à l’arrière. Son alimentation ? Les gaillets et stellaires, bien sûr, mais à l’âge adulte, c’est vers les fleurs odorantes que l’insecte se tourne, de préférence les buddleias et la lavande. Il ne butine pas, il pollinise : chaque visite assure la survie des plantes et la diversité du jardin.
Le cycle continue : ce sont les adultes qui passent l’hiver, prêts à repartir dès le retour des beaux jours.

Un détail qui frappe : sa trompe, d’une longueur impressionnante, permet au Moro-sphinx d’explorer des fleurs inaccessibles aux autres butineurs.
Espèce migratrice, il oscille entre sédentarité et exode. Certains restent en Europe, d’autres remontent d’Afrique du Nord, et avec deux générations chaque année, il n’est pas rare de le croiser jusque dans le sud de la Suède, surtout lors des années chaudes, où ses effectifs explosent.
Pour ceux qui souhaitent approfondir, plusieurs références font autorité : Bellmann (2003, 2006, 2007), Chinery (1973, 2004, 2005), Dierl & Ring (2009), Waring & Townsend (2004), Carters & Hardgreaves (2008), Perrier (1935), ainsi que de nombreuses ressources spécialisées comme « Le monde des insectes », « La Galerie du Monde des Insectes », « Petit cours d’entomologie illustré », « 6 Pattes Papillons de Vienne », « Papillons de Poitou-Charentes », « Papillons Dordogne/Aquitaine », « Lepi’Net », « Papillons et papillons de nuit en Suisse » et « UKMoths ».
À l’heure où la biodiversité se fragilise, croiser un Moro-sphinx au jardin, c’est renouer avec le prodige du vivant. La prochaine fois qu’une ombre rôde au-dessus d’un buddleia, le mystère ne durera pas longtemps : vous saurez observer, et reconnaître, ce somptueux funambule de l’été.

